Carnets de voyage

09 août 2008

Nos voyages

Le monde est merveilleux et immense.
Il recèle en lui tant de richesses et de beauté qu'une vie entière ne suffit pas pour les découvrir dans leur totalité.
Nous nous sommes promenés d'un continent à l'autre ramenant de chacun de nos voyages dans nos bagages mais surtout dans notre mémoire et dans nos coeurs quelques bribes de ces richesses.
Nous vous les donnons ici en partage au travers des photos que nous avons prises (pâle reflet de la réalité) et des récits de nos pérégrinations (pâle reflet des émotions que nous avons éprouvées)

Bon voyage en notre compagnie....

(En cliquant sur les pays soulignés vous accèderez directement au récit du voyage)

Février 1996                          Bali
Juillet 1996                            Portugal
Février 1997                         Guyanne
Avril 1997                              USA (New York)
Juillet 1997                           Turquie
Avril 1998                              USA (Sud-Ouest)
Août 1998                              Sicile
Février 1999                         Mali
Septembre 1999                  Tunisie
Février 2000                         Mexique
Juillet 2000                           Italie (Toscane)
Janvier 2001                        Sri Lanka
Octobre 2001                       Maroc (Marrakech)
Mai 2002                               Espagne (Barcelone)
Juillet 2002                           Crète
Aout 2003                             Hollande (Amsterdam)
Octobre 2003                       La Réunion
Mai 2004                               Turquie (Istambul)
Août 2004                             Italie (Les lacs)


16 juil. 2008

Mali: De la boucle du Niger au pays dogon

Chroniques Africaines
Mali

Disponible au format livre (Broché, 21,6x28 cm, 95 pages, photos pleines-couleurs) ou en téléchargement



"Ne te lasse pas de crier ta joie d'être en vie, et tu n'entendras plus d'autres cris"

Proverbe Touareg


De Ségou à l'architecture coloniale, à Djenné au style soudano-marocain, en passant par Mopti, cité animée de la rive du fleuve Niger, artère nourricière de ce pays à l'histoire plusieurs fois millénaire, avant de vous entraîner vers les paysages spectaculaires et les étonnants villages perchés de la falaise de Bandiagara, berceau du peuple Dogon, ce voyage vous fera découvrir la diversité tant culturelle, ethnique et paysagère du Mali et de son peuple


Ce livre abondamment illustré de photos prises par les auteurs tout au long de leur parcours vous fera partager une expérience humaine intense, émotionnellement et physiquement éprouvante qui est avant tout une grande leçon de vie.


Les revenus tirés de la vente de cet ouvrage seront intégralement reversés à des associations humanitaires. Contact: Christine_c13@hotmail.com



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18 sept. 2006

Voyage au MALI

Mali_Village

Chroniques Africaines
Février 1999

Ne te lasse pas de crier ta joie
d'être en vie et tu n'entendras
plus d'autres cris.
                     Proverbe Touareg

16 sept. 2006

PREFACE

A ma montre 12h15. c'est l'heure de l'apéritif. A ma droite, Christine. Le ciel est clair, bien dégagé. Dehors, il fait beau. Très, très beau. Normal, à 10.000 mètres d'altitude il ne doit pas pleuvoir souvent. Maintenant, on peut le dire, nous sommes à bord d'un avion de la SABENA qui nous amène vers Bamako.

Bamako, un nom à la belle sonorité que nous avons découvert il y a bientôt quatre mois et qui signifie en langue Bambara, "La rivière aux caïmans", tout un programme... Il y a que Christine voulait aller en Afrique, un continent qui l'attirait comme un aimant. Mais du nord au sud, de l'ouest à l'est, que de choix et de possibilités. L'important, en fait, était de rencontrer et de voir de africains. Après avoir épluché les catalogues, et Dieu sait si maintenant nous commençons à être rodés sur la manière de les collecter, Christine semble avoir mis le doigt sur une destination peu commune mais emplie de la promesse de nombreuses découvertes riches en couleur. Il y est question de fleuve, le Niger, d'un peuple, les Dogons, une des plus anciennes tribus africaines qui a, paraît-il, réussi à préserver son authenticité, d'une ville mythique, Tombouctou qui semble surgir de la nuit des temps et qui fait naître des images de touaregs, de caravanes de dromadaires lourdement chargés de marchandises arrivant du désert.

Petit à petit, au fur et à mesure que ces noms si évocateurs s'affirment, l'idée du voyage devient de plus en plus intéressante. Nous allons découvrir un pays, le Mali qui, jusqu'à aujourd'hui, n'était qu'un nom sur une carte géographique. Mais, plus important, nous avons la ferme intention de découvrir un peuple et d'essayer de le comprendre.

Pour nous ravir encore plus, l'intitulé de l'expédition fait rêver et laisse le champ libre à notre imaginaire:

"De la boucle du Niger au pays Dogon"

J'ai parlé d'expédition et je ne force pas sur le mot. Cette fois, pas de plage, pas d'hôtel balnéaire et touristique, mais u périple de plusieurs centaines de kilomètres qui se fera en 4x4, en minibus, en pinassse ou a pieds. La note d'informations que nous avons reçue parle de bivouacs, de campement chez l'habitant mais aussi, et c'est le plus important à nos yeux, de contact avec la population au sein de laquelle nous allons nous immerger, de marchés africains, de chaleur. Bref d'aventures...

Comment ne pas être tentés?

Nous serons un groupe de onze personnes plus une accompagnatrice, Christèle; et, bien sûr, un chauffeur-guide malien.

Pendant trois mois, nous allons être portés par ce voyage. C'est, d'abord, la course aux vaccins: rage, tétanos, méningite, fièvre jaune, polio... le carnet de vaccination se remplit petit à petit au rythme des piqûres et des rappels. Un vrai plaisir! Ensuite, il faut songer à l'équipement. Duvets, sacs à dos et à viande (nous sommes perplexes, qu'est-ce que cela peut-il bien être?) , tente, gourdes, torche, mille et une choses qu'il ne faut surtout pas oublier. Malgré les réticences de certaines personnes de notre entourage qui parle de folie de notre part (il serait tellement plus raisonnable et confortable d'aller se lover sur une plage dorée des Antilles!), nous sommes de plus en plus ravis. Cette fois, les enfants resteront à la maison. A vrai dire, ils n'ont absolument pas été séduits par l'idée (trop chaud, pas de mer...) et, de toute façon il n'y a qu'une seule date de départ, le 22 février et ils seront à l'école.

Christine constate, à quelques jours du départ, que Vincent est plus tendre qu'à l'accoutumée. Peut-être pense-t-il que seize jours sans nous voir, c'est un peu long. En fait, Vincent est un tendre...

Le jour tant attendu du départ arrive enfin.

Sept heures du matin, nous prenons l'avion pour Bruxelles, notre première étape, où nous devons rejoindre le reste du groupe. Ensuite, ce sera le vol en direction de Bamako où nous devons atterrir vers quatre heures de l'après-midi heure locale. Pour une fois, très peu de décalage horaire puisque nous n'aurons à retrancher qu'une heure.

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L'Itinéraire

Mali_Carte

  1° jour      Lundi           Bamako
 
2° jour      Mardi           Bamako à Segou
 
3° jour      Mercredi      Segou à Mopti
 
4° jour      Jeudi           Mopti à Sangha via Songo
 
5° jour      Vendredi      Pays Dogon (Yendouma)
 
6° jour      Samedi        Pays Dogon (Koudou)
 
7° jour      Dimanche    Sangha à Mopti
 
8° jour      Lundi           Mopti à Djenné
 
9° jour      Mardi           Djenné à Mopti
10° jour      Mercredi      Remontée du Niger jusqu’au lac Dobo
11° jour      Jeudi           Remontée du Niger jusqu’au lac Dobo
12° jour      Vendredi      Mopti à Hombori
13° jour      Samedi        Hombori à Mopti
14° jour      Dimanche    Mopti à Segou

15° jour      Lundi           Segou à Bamako

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Lundi 22: Arrivée à Bamako

Première journée qui s'achève. Nous sommes ce soir à Ségou, dans un hôtel somme toute agréable.  Hier, au milieu de l'après-midi, nous avons atterri, à l'heure prévue à l'aéroport de Bamako où nous attendaient escorte militaire, tapis rouge et fanfare. Renseignements pris, ce n'était pas pour nous accueillir, Nouvelles Frontières ne va pas jusque-là, mais en l'honneur du gouverneur du Canada de passage au Mali... nous apprendrons plus tard qu'il est venu pour réorganiser l'infrastructure électrique de la ville.

Dès la sortie de l'avion, une chaleur torride et sèche nous a submergés. Pas de doute, nous avons laissé loin derrière nous la froidure de l'hiver européen. La luminosité est aveuglante et le ciel, d'un bleu délavé, paraît chauffé à blanc. Sous nos pieds, le goudron du tarmac est collant, prêt à se liquéfier. Nous nous hâtons vers l'ombre de l'aéroport, pensant y trouver, à tort, les locaux n'étant pas climatisés, un peu de fraîcheur. Les formalités de douanes, longues et fastidieuses qui nous donnent un avant-goût de la lenteur africaine à laquelle, nous avertit Christèle, il faudra nous habituer, accomplies, commence, dans le plus grand désordre et une agitation incroyable, la corvée de récupération de nos bagages qui s'amoncellent pêle-mêle et dans la plus parfaite pagaille au milieu du hall. Enfin, tout est bien là, c'est le principal. Après la reconstitution de notre groupe, direction la minibus et Bamako.

Bamako

Le groupe, il faut le souligner, est un élément important dans notre voyage, car, nous allons créer, pendant quelques jours, une véritable communauté. Voici donc les présentations.

D'abord, elle le mérite, Christelle, notre accompagnatrice mi-togolaise par son père, mi-française par sa mère. Avec ses petites lunettes sur le nez et son allure décontractée, elle ne manque pas, du haut de son mètre soixante-dix, de charme. Nous apprendrons, avec stupeur, quelle travaille pour NF en bénévole. Son rêve, créer avec son copain, sa propre agence de voyage. Elle est donc là pour apprendre.

Après le Togo, revenons en France avec Eric et Joëlle (MaJo comme l'appelle tendrement son cher et tendre), tous deux d'origine auvergnate mais résidant à Paris. Un couple très sympathique et très convivial. Lui, on l'appendra plus tard, et il saura nous faire partager sa passion, est très amateur d'oiseaux.

Une autre parisienne nous accompagne, Nadine, la quarantaine resplendissante, infirmière de son état qui, après nous avoir raconté ses pérégrinations de jeunesse en Inde, nous confortera dans l'idée qu'elle est une routarde confirmée. Un très joli sourire également...

Quatre lyonnais sont aussi du voyage. Un couple de journalistes, Jean-Paul et Véronique, très intéressés par le problème humanitaire de ce type de pays. En fait, ils sont venus au Mali pour découvrir le pays Dogon sur les conseils d'un ami qui, après avoir fait le voyage, a eu une révélation. Ils ont aussi l'intention d'enquêter sur une association s'occupant d'enfants abandonnés située à Mopti.

Les deux autres lyonnaises sont Ghislaine, célibataire en quête d'aventures (et elle en trouvera...) et Paule, notre dynamique retraitée globe-trotter dont l'objectif (c'est le cas de le dire!) est de prendre le plus de photos possibles quitte à en jeter la moitié après développement. Elle en fera rager plus d'un mais son côté vif et débonnaire fera partie du voyage.

Reste à parler de Chuck, ethnologue et conservateur de musée de son état, et Dominique, son compagnon, steward sur une compagnie aérienne. Ils sont venus, via Paris et Bruxelles, de Boston, made in USA, pour faire, mais ils ne le savent pas encore, un circuit sur des pistes défoncées en minibus non climatisé. Mais ce n'est pas important. Ils ont le sourire aux lèvres et les bagages remplis de petits cadeaux pour les enfants. Deux personnages assez extraordinaires de gentillesse, très attachants et très simples qui, au cours de l'expédition, nous surprendront plus d'une fois.

Terminons par Christine et Alexandre, les néophytes de ce genre de voyage mais prêts pour la découverte de l'âme africaine.

Nous voilà au complet pour remplir le minibus conduit, de mains de maître, par Mamadou, un modèle de discrétion, qui saura déjouer tous les pièges de la route.

La découverte de la capitale malienne qui abrite plus d'un million de personnes, est un véritable choc. La périphérie de la ville est un vaste champ d'ordures où, sous des cahutes de quelque m², résident, c'est le mot qu'il faut employer même s'il ne paraît pas vraiment approprié, des milliers de personnes dans des conditions de vie (de survie...) effrayantes de précarité et de pauvreté. Ce qui nous frappe, c'est la foule, des grappes humaines qui déambulent, et l'extrême vétusté de toutes les installations, eau, électricité, évacuation, liées à la vie quotidienne d'une grande cité. Tout est à même le sol. Tout est très archaïque. Tout est rafistolé. Les immondices s'accumulent au milieu (miracle de la civilisation occidentale!) des sacs plastiques qui recouvrent le sol tels des fleurs multicolores et monstrueuses. L'hygiène, telle que nous la concevons, est ici totalement absente. Première approche pénible de ce que peut être la vie urbaine dans un pays très pauvre, dit du tiers monde.

Quelques chiffres que nous venons de lire dans le Télérama de cette semaine et qui donneront une idée plus concrète de la réalité du mali d'aujourd'hui: "72 % de la population (9 millions de maliens) vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un demi dollar par personne te par jour; une personne sur trois risque de mourir avant 40 ans; quatre sur cinq sont analphabètes; la moitié est privée d'eau potable et 92% d'électricité; deux sur trois n'ont pas accès au service de santé; la moitié des enfants de moins de 5 ans sont sous-alimentés (la proportion était de 35% en 1988).... Le Mali consacre 48% de ses recettes budgétaires au remboursements de la dette extérieure...."

Ces chiffres parlent d'eux-mêmes et ils sont épouvantablement exacts. Le Mali, berceau de tous les grands empires et civilisations d'Afrique de l'Ouest et dont l'histoire s'étend sur trois millénaires, a la triste privilège aujourd'hui de faire partie du club des pays les plus pauvres du monde.

Même le centre de Bamako où les résidences sont plus solides, est complètement délabré. Pas d'avenues bordées d'arbres ou de boulevards goudronnés mais partout la terre battue. La circulation est anarchique.

Le premier contact est pour le mois  dérangeant et riche d'émotions contradictoires empreintes à la fois de fascination et de répulsion devant cet étalage de saleté, les effluves d'odeurs fortes voire nauséabondes qui nous agressent, le spectacle de ces enfants aux yeux immenses vêtus de loques, l'animation continue de cette foule qui déambule en tout sens sans ordre apparent, sans but précis. Pourtant, cela fonctionne et si le tissu social paraît très touché, il fait pourtant partie d'une certaine vie économique dont nous apercevons un premier élément avec le marché. On le vérifiera encore le lendemain et certainement les autres jours, car chaque village, aussi humble soit-il, et ils seront nombreux sur notre route, a son marché où fourmille, au milieu des poteaux de bois, une population exubérante et chaleureuse.

Après moult tours et détours au milieu des ruelles qui nous laissent complètement désorientés, nous atteignons enfin notre lieu de séjour pour la nuit, l'hôtel Dakan qui nous donne un aperçu des conditions de villégiatures dont nous allons bénéficier... pas de doute, ce ne sera pas, loin s'en faut, le grand luxe! En effet, si le cadre est relativement agréable, avec un grand jardin à la végétation luxuriante mais où, ainsi que nous nous en apercevrons douloureusement cette nuit, les moustiques abondent, les chambres nous laissent sans voix et me font dire qu'il est heureux que Camille ne soit pas là. Je crois qu'elle ne nous l'aurait jamais pardonné!

Murs à la couleur indéfinissable, propreté pour le moins douteuse, salle de bain à l'avenant dont la douche ne laisse couler qu'un très parcimonieux filet d'eau froide, climatisation datant pour le moins de la dernière guerre qui, lorsque nous la mettons en marche, nous fait nous demander si nous ne sommes pas encore à proximité de l'aéroport... nous décidons, sans même nous concerter, qu'il est plus age de dormir dans nos sacs à viande (nous savons maintenant de quoi il s'agit!). Je pense cependant que, hormis les moustiques, notre sommeil a été surtout perturbé par les premiers symptômes de ce voyage-découverte. Nous sommes, en effet, en terre inconnue et nous sommes envahis par un intense impression d'étrangeté. Il paraît que l'Afrique ne laisse personne indifférent. Ou on l'aime, ou on la déteste. Pour le moment, nous oscillons entre ces deux extrêmes. Une seule certitude, nous avons envie de nous laisser emporter, sans à priori, par ces sensations nouvelles et contradictoires.

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Mardi 23: Visite de Bamako et arrivée à Ségou

Le matin, réveil assez matinal et, après un bon petit déjeuner pour nous mettre en forme, nous passons aux formalités de change. Le banquier, comme il sied à des personnes de notre importance!, se déplace en personne et les opérations se font, en toute simplicité et dans la plus grande confiance, au milieu du jardin à l'ombre d'une paillote. Un pas de plus a été fait car, maintenant, nantis de nos francs CFA, nos premiers achats que nous avons hâte de faire, peuvent se réaliser.

Bamako_2Malgré l'heure matinale, il fait déjà très chaud lorsque nous partons en direction du musée national qui va nous permettre d'avoir un aperçu se ce que nous allons découvrir tout au long de notre périple. Celui-ci est installé au nord de la ville dans des locaux financés par la France. Une première partie, très intéressante, est consacrée sur l'importance de plus en plus primordiale, dans la vie économique du pays, de la culture du coton qui, une fois tissé, permet de réaliser de magnifiques tissus mais qui, pour l'essentiel, est exporté vers les pays occidentaux. Le Mali, si pauvre, mise beaucoup sue cette richesse et met tout en œuvre pour développer sa production et son savoir-faire en ce domaine.

Une deuxième pièce, nous familiarise, avec l'aide d'un guide, avec la cosmogonie dogon, les pratiques animistes, le rôle des hommes et des femmes dans la vie malienne ainsi que celui des animaux: crocodile égale longévité et quadrillage des champs, caméléon signifie sagesse... Dans la nature tout a un sens et tout est signifiant. Il faut dire qu'au Mali, si la religion officielle est l'islam, 35% de la population est encore animiste. C'est dire la force de la croyance aux âmes et aux esprits qui régissent toute vie et tout événement. Nous apprenons que les Dogons seraient arrivés à Bandiagara au XII° siècle quittant le Mandé, leur région d'origine, par refus de se convertir à la religion musulmane. En fait, si les mythes cosmogoniques sont communs aux différentes populations originaires du Mandé, Bambaras, Peuls, Bozos, c'est sans doute chez les Dogons qu'ils sont encore le plus vivace faisant partie intégrante de leur vie quotidienne. Chez les Dogons, tout est expliqué par la mythologie, les forces surnaturelles étant tout aussi réelles que le monde matériel qui les entoure.

Ainsi les masques dont la face épurée à l'extrême, souvent un simple rectangle coupé par la saillie du nez, à une valeur symbolique, jouent un rôle essentiel dans les rites d'initiation durant lesquels le futur initié est informé des traditions ancestrales. Avant cet enseignement, le masque est un danger recelant en lui des forces redoutables qu'il faut apprendre à maîtriser. Celui qui porte un masque ne revêt pas un déguisement mais devient celui qu'il représente. Il est significatif de savoir que les masques, à l'inverse des statuettes qui sont l'œuvre des forgerons, ne sont pas faits par de spécialistes mais par ceux qui vont les porter. Chez les Bambaras, le travail est effectué loin des regards profanes par les membres d'une société n'domo qui regroupe tous les incirconcis. Les masques sont réservés aux cérémonies et sont complétés par un costume permettant de caractériser la personnage mythique représenté. Le grand masque sirige dogon qui représente l'ancêtre des hommes n'est exhibé que tous les 60 ans lors des fêtes du sigi.

Les statuettes, en bois ou en bronze, sont l'œuvre des forgerons et jouent un rôle primordial aussi. Elles sont également rituelles et représentent dans une grande diversité de formes, les ancêtres ou des êtres mythiques. Un monde riche et complexe s'ouvre à nous et fait naître une intense curiosité.

En fin de matinée, c'est-à-dire au plus gros de la chaleur, nous quittons Bamako pour Ségou. Avec un peu d'appréhension nous nous casons non sans mal et sous les yeux hilares d'une troupe de gamins venus assister à notre départ, dans l'antédiluvien minibus qui a pour charge de nous mener, vaillamment, nous l'espérons du moins, au travers du Mali. Nous avons quelques doutes à ce sujet mais comme nous n'avons pas le choix, nous préférons, d'un commun accord taire nos craintes.

Une longue route d'asphalte rouge monte interminablement vers le nord du pays. Le paysage est fait de savane, d"herbes sèches et de grands arbres appelés Basalo. Mais pénétrer dans cette savane parfois très dense, écrasée par un soleil omniprésent et impitoyable, serait pour nous une gageure. Régulièrement, nous traversons de petits villages où nous sommes obligés de ralentir et même de presque nous arrêter tant la foule des piétons qui vaquent nonchalamment à leurs occupations sans se préoccuper le moins du monde de la circulation, est dense. Au passage, nous apercevons toujours les mêmes petites échoppes qui vendent de tout, bric-à-brac de mille objets recyclés et dont la première destination a, depuis longtemps, été oubliée comme, par exemple, ces outres taillées dans d'anciens pneus. Toujours aussi la même forêt de visages souriant qui nous dévisagent avec curiosité et où prédominent les enfants. Quel est donc ce groupe de gens transpirant et au teint blafard tassé dans ce minibus si inconfortable?

Bamako_1Nous décidons de nous arrêter dans un de ces villages qui abrite un marché couvert un peu plus important. Au milieu des taxis brousse, des charrettes tirées par des ânes faméliques et des bicyclette, les camions déboulent à toute allure dans u concert discordants de klaxons. Première leçon, avoir toujours l'oreille aux aguets pour les entendre arriver car, à aucun moment, ils ne ralentirons. J'essaie de faire quelques photos, quelques portraits. Je me rend vite compte que c'est un vrai problème car il y a un refus quasi général de laisser emprisonner son image dans la petite boite noire. Le plus simple est encore de demander l'autorisation qui est parfois donnée et, surtout, de ne pas insister. Après tout, que dirions-nous si on nous prenait ainsi en photo? Les enfants, moyennant quelques  menues monnaies, sont les plus facile à convaincre et, en plus, sont tout heureux de nous faire plaisir.

Nous sommes complètement abasourdis par l'animation, le brouhaha ambiant. Chaque endroit où nos yeux se posent est une source d'étonnement à chaque fois renouvelé. Là, des légumes que nous n'avons encore jamais vus et que nous serions bien en peine de nommer. Plus loin des denrées aux odeurs et aux couleurs étranges. Sur le trottoir, des hommes s'affairent accroupis dans la poussière. Nous nous approchons, curieux, mais faisons immédiatement demi-tour, écœurés. Un mouton vient d'être tué et tout ce monde s'occupe activement à le dépecer, en plein soleil entouré du vrombissement d'une nuée de mouches affamées... Nos sens sont mis à rude épreuve, mais je pense qu'il va bien falloir que nous nous habituions à ce genre de chose et que nous oubliions nos réflexes d'occidentaux aseptisés.

Le marché est divisé par corporation: bouchers, poissonniers d'un côté, légumes et bazar plus loin. Mais il recèle une unité. Tout est en plein air, en pleine chaleur et, le plus souvent, à même la terre au milieu de la poussière.

Nous nous arrêtons pour déjeuner à Fana où bière et poulet sont au rendez-vous. Le service est un peu plus rapide que prévu et nous pouvons reprendre notre route en début d'après-midi.

Entre Fana et Ségou, la végétation se transforme peu à peu et le paysage devient de plus en plus agréable. Il semble que l'implantation  humaine est plus importante. Si l'herbe est encore sèche et jaune, les champs sont cultivés, gardés par ces fameux arbres disséminés çà et là et, bientôt par d'extraordinaires baobabs, de tailles bien supérieures, aux branches tourmentées complètement dénudées en cette saison qui dressent vers le ciel comme d'immenses bras tels d'énormes rhizomes de gingembre plantés là. des chèvres, en liberté, broutent l'herbe ras e des champs. Des ânes aussi qui vont et viennent au gré de leur fantaisie. De temps en temps, nous croisons sur la route qui s'étend rectiligne à perte de vue, des carrioles tirées par des bœufs ou des mulets à bord desquelles s'entassent femmes et enfants qui nous adressent au passage de chaleureux saluts dans un joyeux brouhaha. D'autres femmes, leurs bébés solidement arrimés dans le dos et entourées d'une ribambelle de jeunes enfants, avancent d'un pas chaloupé en file indienne la tête lourdement chargée de seaux remplis à ras bord ou de fagots. Elles marchent ainsi sous le soleil brûlant, paraissant insensibles à la chaleur et à la fatigue, d'un pas sûr et gracieux.

villageL'architecture des petits villages que nous traversons se modifie insensiblement. Les masures que nous avons vues jusqu'ici, piètres avatars des demeures occidentales, font peu à peu place  à des cases en terre sèches et des huttes aux toits de paille plus conformes à cette région du monde. Les lignes sont sobres, tout en arrondis harmonieux. Une architecture du désert, totalement différente à tout ce que nous avons pu voir auparavant, qui fait corps et s'insère parfaitement dans le paysage environnant où la couleur dominante est l'ocre. Régulièrement, nous devons faire halte devant les postes frontières de gendarmerie qui jalonnent notre route. Petites oasis où fourmillent les gamins volubiles, aux mains remplies de fruits, de babioles qu'ils tendent vers nous avec un sourire radieux. Pendant que Christelle et Mamadou négocient notre passage, nous en profitons pour nous promener parmi eux et faire quelques achats et, surtout, distribuer pour le plus grands bonheur de chacun, de menus cadeaux.

Enfin arrivés à Ségou en fin d'après-midi alors que le soleil déjà tombe à l'horizon, nous mettons un peu de temps à trouver un hôtel, celui initialement prévu étant complet. Pendant que Christelle s'occupe de nous trouver un gîte pour la nuit, nous en profitons pour nous promener au bord du Niger et admirer notre premier coucher de soleil sur ce fleuve immense et majestueux dont la berge opposée, qui se perd dans la brume du crépuscule, est , d'après notre estimation, à environ 1 km. La lumière est dorée. La température a perdu son agressivité et est délicieusement douce. Le panorama respire le calme et la paysage est d'une beauté et d'une sérénité incomparable. Le soleil descend rapidement comme c'est toujours le cas sous ces latitudes et, lorsque nous atteignons enfin notre hôtel, bel établissement avec jardin intérieur et, luxe suprême, eau chaude et drap pour dormir, la nuit est complètement tombée.

Après nous être rapidement rafraîchis et dépoussiérés, nous retournons dans le centre de Ségou pour dîner. Heureusement que Mamadou connaît bien le coin car, sans lumière, sans signalisation et par des routes défoncées, plus d'un se serait contenté de rester à l'hôtel. Au menu du soir, du capitaine, gros poisson péché dans le Niger que nous allons apprendre à connaître et à apprécier. Ce qui vaut mieux, car ce sera, avec le poulet, l'essentiel de notre subsistance pour les quinze jours qui vont suivre.

Segou_coucher_soleil_sur_Niger

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Mercredi 24: Visite de Ségou et route vers Mopti.

Le matin, nous commençons à en prendre l'habitude, réveil matinal (6h30!) ce qui nous permet de profiter, pendant quelques petites heures, d'une relative fraîcheur. Au programme de la matinée, visite de Ségou.

Segou_portNous retournons au bord du Niger. Tout est extraordinairement calme. Quiétude et douceur d’une matinée ordinaire d’Afrique où chacun vaque, sans se presser, à ses occupations quotidiennes. Au bord du fleuve, des hommes sont occupés sous le regard attentifs d’enfants, à rafistoler leurs pirogues et leurs filets. Des femmes parées de boubous multicolores, énormes calebasses fermement ancrées sur leur tête et enfants accrochés dans leur dos, descendent  d’un pas nonchalant vers l’eau limoneuse du fleuve afin de faire leur lessive ou nettoyer légumes et poissons. D’autres transvasent d’un ample mouvement d’une calebasse à une autre du grain laissant s’envoler dans la brise le foin. La température est douce. Le ciel, limpide, a une luminosité transparente. L’atmosphère qu’agite une imperceptible brise venue du fleuve, est léger. Des odeurs suaves et musquées parviennent jusqu’à nos narines et les font frémir. Odeurs entêtantes de fumée, odeurs douceâtres du fleuve d’où émanent des effluves de moisissure, odeurs de décomposition qu’exhale le poisson oublié au soleil.

Nous descendons lentement vers le fleuve nous laissant envoûter par cette ambiance surgie d’un autre temps, gouttant par tous les pores de notre peau, cette paix. Sensation de bien-être assez fantastique. Un petit enfant nous accompagne de son babil, s’accrochant à ma main. Ilm est terriblement attachant et me fait fondre de tendresse quand il lève vers moi ses immenses yeux noirs et m’adresse un sourire resplendissant de gentillesse.

Nous sommes loin de l’animation brutale de Bamako et je crois que nous commençons seulement à pénétrer le cœur du Mali.

C’est ici que nous ferons notre premier achat. Dans la chaude obscurité d’une petite boutique poussiéreuse mais emplie de mille trésor, Alexandre découvre un masque solaire qu’il ne peut, bien évidemment, pas laisser. Il est très beau et j’approuve sans réserve son achat réalisé, comme cela est l’usage, après moult tractations.

Mais Christèle revient avec le guide qui doit nous faire découvrir cette ancienne ville coloniale, siège du gouverneur de province qui abrite 600.000 habitants mais qui, malgré tout, donne la sensation de n’être qu’une bourgade. Ségou, ancienne capitale du royaume des Bambaras, est aujourd’hui capitale de province. Ses habitants sont encore tr-s fiers de leur prestigieux passé. Ce côté fier est caractéristique peut-être des maliens si pauvres mais qui cherchent à faire connaître la richesse de leur civilisation qui remonte très loin dans le passé.

SegouNous traversons lentement l’ancien quartier colonial aux très larges avenues bordées de vastes et belles demeures, au style soudan sahélien, blotties sous les frondaisons des arbres. Elles furent construites au début du siècle par les français qui demeurèrent ici jusqu’en 1962. Vestiges décrépits d’une ancienne splendeur qui nous fait prendre toute la mesure de l’écart et de l’incompréhension qui pouvaient exister entre la vie confortable de ces colons et la vie malienne. Comment deux modes de vie, de pensées, si éloignés l’un de l’autre, si opposés dans la préhension du monde, ont-ils pu coexister si longtemps ?

Nous continuons notre promenade et arrivons dans une  filature de tapis, siège d’une petite association. "Petite" à vrai dire n'est pas vraiment le terme qui convient.  En effet, plus de 63 femmes y travaillent en alternance, tissant de merveilleux tapis. La matière première est bien sûr le coton et les couleurs employées sont magnifiques. Rouges et bleus resplendissent au gré des motifs géométriques.

Segou_femmePlus loin nous découvrons une autre production locale que nous dégusterons avec circonspection, la bière de mil. Elle est réalisée par une communauté mi-chrétienne, mi-animiste, les Bobos. On nous explique la réalisation de ce breuvage aux nuances verdâtre qui se déroule devant nous. Sidérés nous observons un moment une femme debout devant une énorme marmite en fonte noire posée sur un feu crépitant en train de touiller d'un mouvement régulier à l'aide d'une  cuillère géante le liquide sombre et bouillonnant qui deviendra après fermentation la bière. Nous dégusterons néanmoins, avec circonspection, cette bière que l'on nous sert dans une calebasse.

Nous nous rendons compte qu'en fait la calebasse est l'instrument culinaire de base et est utilisée dans toutes les occasions. Inutile donc de dire qu'elle a une place de choix sur tous les marchés. On en verra de toutes sortes et de toutes les tailles, certaines si grosses que l'on se demande si, réellement, c'est une véritable écorce naturelle.

Après cet intermède, nous nous dispersons dans le petit marché permanent de Ségou. Coloré, il l'est tout d'abord par les légumes présentés sur les étals de paille: poivrons, curcubitacées de toutes tailles, tomates, manioc, beurre de karité, mais aussi par les boubous bariolés des femmes qui vendent leurs produits où viennent faire leur marché. Des couleurs vives, éclatantes qui ressortent d'autant plus que les vêtements sont amples. Sur la peau bien noire et soigneusement huilée des femmes, ces jeux de couleurs flamboient dans toute leur exubérance.

Les hommes s'occupent, eux, de la viande qui, bien évidemment, est accrochée en plein soleil. Notre envie d'un bon steak saignant est mise à rude épreuve et je crois que nous dérogerions sans peine à toutes nos règles culinaires pour le manger carbonisé. Il faut les voir découper à coups de machettes tranchantes comme des rasoirs de gros morceaux de viande. Le geste est sûr et le bruit est net. Penser que, parfois, ces machettes peuvent devenir des instruments beaucoup moins pacifiques fait froid dans le dos.  Mais le Mali est un état tranquille et l'image s'estompe rapidement. Les étals de marchandises sont si serrés et il y a tellement de monde qu'il est très laborieux de circuler et on ne sait plus quelle direction choisir pour sortir de ce labyrinthe. Ces marchés où se mêlent intimement le bruit, la foule, les odeurs, sont à la fois captivants et angoissants. Nous sommes bousculés par la cohue, enivrés par les odeurs fortes que la chaleur renforce et exacerbe, assourdis par le brouhaha ambiant. Ces marchés qui nous ont permis de nous fondre au sein de la population et d'oublier, un moment, notre statut d'étranger, seront parmi les meilleurs souvenirs de notre voyage.

Après le déjeuner, départ vers Mopti à plus de 300 km. Journée longue et fatigante dans l'inconfort du minibus où règne une chaleur véritablement infernale qui semble pénétrer tous les pores de notre peau  sèche de toute trace de sueur. La seule chose à faire est d'admirer la paysage, un mélange de savane et de champs cultivés, de regarder passer les troupeaux de vaches aux deux bosses dorsales proéminentes et aux cornes affûtées, typiques à cette race du Sahel, les chèvres et les chevreaux qui broutent, en toute liberté, l'herbe sèche et rase des champs qui s'étendent à perte de vue dans un brouillard de chaleur. Point besoin, ici, de berger. Le lieu de rassemblement sera, de toute façon et quoi qu'il arrive, le point d'eau le plus proche. Paysage justement de ces communautés rurales au bord de la grand route de bakélite rouge qui sont, d'un point de vue architectural, fantastiques.

Construit en briques de terre cuite recouvertes d'argile, chaque bâtiment a une fonction bien précise. Rond avec un toit de paille percé d'une étroite cheminée, c'est la cuisine, royaume exclusif des femmes. Sur le coté, les greniers à mil et à sorgho de formes cubiques, toujours recouverts de chaume mais surélevés par des poutres en bois pour éviter le contact avec le sol et protéger les précieux grains de l'invasion des insectes et autres prédateurs friands de ces denrées si précieuses à la survie de la famille. Une grande cour intérieure entourée par un mur rectangulaire encercle les logements. Souvent, tout au long du parcours, nous resterons émerveillés par la beauté de ces villages dont l'aspect pourtant si fonctionnel recèle un charme et une finesse incomparables. En fin de journée, le soleil nous fera don de ses couleurs chatoyantes faisant éclater les rouges, les ocres et nimbant tout le paysage d'une douce luminosité dorée. La mali, pays de sècheresse et de désert, devient ainsi un véritable eldorado.

Lorsque, un peu avant d'arriver à Mopti, nous nous arrêtons pour les formalités de douane d'usage, des dizaines d'enfants nous entourent dans un piaillement chaleureux et exubérant. Même s'ile cherchent toujours à nous vendre quelque chose, des fruits, de l'eau, des babioles, ou nous réclamer un petit cadeau, un stylo, un bidon, l'accueil et la gentillesse sont toujours au rendez-vous. Magie de l'enfant qui nous séduit par la force de son sourire et de son regard si clair.

Lorsque enfin nous arrivons en vue de Mopti, recrus de fatigues et ivres de chaleur, la nuit est toute proche. Nous décidons d'un commun accord de remettre notre visite de la ville au lendemain et nous mettons en quête d'un toit pour la nuit. Ce ne sera pas une mince affaire, Mopti ne possédant qu'un très petit nombre d'hôtel tous complets à cette heure tardive. C'est dans l'obscurité la plus totale, il n'y a en effet pas d'électricité ce soir là, que nous dénicherons finalement, à notre grand soulagement, un petit hôtel à Sévaré, à seulement quelques kilomètres de Mopti. C'st l'hôtel Bozo qui deviendra, en fait, notre point d'ancrage pour le reste de notre séjour. Le repas du soir, ainsi que la douche d'ailleurs, se fera dans la bonne humeur et à la lueur des bougies. Ambiance exotique garantie.

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Jeudi 25: Visite de Mopti et départ dans l'après-midi vers Sangha et le pays Dogon. Halte en cours de route au village de Songo

Mali_Mopti

Mopti, située au confluent du Niger et du Bani, sera pour nous une révélation. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres depuis Bamako à travers des paysages de savane arides écrasées par la chaleur, nous découvrons une ville d'eau bâtie sur un éparpillement de petits îlots ou "toguérés", reliés entre eux par des digues. A quelques distance de la ville, l'apparition de marécages, nous faisant penser à la Camargue, transforme complètement le paysage. Déjà les premiers oiseaux, liés à la vie du fleuve, sont présents et lors d'une courte halte pour admirer la pleine marécageuse, on peut facilement imaginer la présence de flamands roses qui, après leur long voyage depuis l'Europe, viennent se poser ici. Au loin, sur la route, se dessine la ligne des premières maisons de Mopti et des grands édifices religieux si caractéristiques du pays. C'est, bien sûr, la grande mosquée de Mopti aux tours en forme de pain de sucre qui domine la ville. La pureté de ses lignes alliée à son extrême sobriété nous laisse perplexes et admiratifs.

Pénétrer et circuler en minibus dans la vielle nécessite une grande habileté mais, malgré l'anarchie de la circulation entre les ânes et leur carriole, les mobylettes qui zigzaguent en tous sens, et les poids lourds qui déboulent à toute vitesse, Mamadou arrive toujours à se frayer un chemin et à se faufiler sans encombre pour nous mener, le cœur battant, à bon port.

MoptiL'intérêt de Mopti, comme nous allons le découvrir, réside dans son marché permanent, riche et abondant, et sa situation stratégique sur le fleuve. D'ailleurs, en langue Bambara, Mopti signifie rassemblement. La ville est un carrefour important du pays, un lieu d'échange et un point de départ des marchandises vers les différentes région du Mali et les autres pays d'Afrique occidentale. Dans un lieu si dense, on ne pouvait que s'adjoindre les conseil d'un guide. Ils seront deux en fait et se nomment Gaoussa et Sidiki. L'un est Dogon, l'autre Bambara. Mais tous deux sont forts sympathiques et parlent parfaitement le français. Les toubabs que nous sommes apprécient. Ainsi, déambulant en leur compagnie dans les ruelles sinueuses de la ville, au travers de nos questions, ils nous apporteront des éclaircissements sur leur vie quotidienne. Nous, nous ne savons rien mais nous ne demandons qu'à apprendre et comprendre. Pour cela, il suffit d'écouter et de regarder. Cette rencontre ne peut qu'engendrer du plaisir et déclencher un émerveillement. Par chance, Gaoussa a de la famille près du pâté de maisons où nous nous trouvons. C'est, pour lui, l'occasion de nous faire plaisir et de nous inviter à monter sur la terrasse de la maison de sa grand-mère. Avant d'y accéder, nous passons par la cour centrale où se trouve réunie une partie de la famille. Une jeune femme est en train de faire griller des cacahouètes bien rondes et l'odeur qui s'en dégage st fort appétissante. A côté d'elle, une autre femme prépare, accroupie auprès d'un petit fourneau, le repas. Elle lave dans une bassine des morceaux de viande certainement achetés, il y a quelques instants, sur le marché tout à côté pour en faire un délicieux plat africain. Enfin, une dame, beaucoup plus âgée et au sourire édenté, répare soigneusement avec du fil une calebasse qui s'est fendue. Nous faisons une petite intrusion dans leur intimité, mais l'accueil est chaleureux et leurs sourires sincères. Du toit, auquel nous avons accédé par une étroite échelle, la vue est magnifique. Christine peut, à son aise, savourer du haut de ce promontoire, les petits détails d'une journée chaude et de Mopti. Là, dans une petite cour inondée de soleil, une famille qui vaque nonchalamment aux taches domestiques. Plus loin déambulant d'un pas gracieux dans une ruelle une femme revêtue d'un boubou aux couleurs éclatantes un seau débordant de denrées solidement ancré sur sa tête. Encore plus loin, aux limites de la ville, un nuage de poussière soulevé par un troupeau de buffles. Spectacle anodin du quotidien mais, pour la photographe qu'elle essaie d'être, cet ordinaire se transforme et devient un réel trésor. Les clichés qu'elle rapportera seront formidable de vérité. Ce qui confirme, avec une force supplémentaire, que là où nous nous sentons bien, c'est au milieu des hommes et des femmes, dans la simplicité de leur vie.

Mopti_gaoussa_et_SidikiGaousa et Sidiki nous emmènent ensuite vers le marché, lieu magique aux senteurs odorantes et aux couleurs chatoyantes, et nous font faire le tour de toutes les corporation de marchands. La foule se presse autour de nous en une masse compacte et bruyante. Nous sommes bousculés de toutes parts et nous nous frayons difficilement un chemin. Si les enfants sont, en règle générale, vêtus de loques, il n'en est pas de même pour les femmes qui portent leur plus beaux boubous. Sidiki nous apprend que pour porter ce genre de vêtements, très chers, il faut impérativement un époux qui, seul, subvient aux besoins de la famille et pour qui parer son épouse ou, plutôt, ses épouses est un signe de réussite sociale. Les coutumes sont toujours bien présentes.

Comme nos guides nous savent intéressés pour ramener des souvenirs, la visite se poursuit par une échoppe d'artisan.

Sur trois mètres sur six sont entassés, le mot n'est pas faible, des centaines d'objets à même le sol ou accrochés aux murs. On hésite, car dans cet amas d'objets, nous n'arrivons pas à fixer notre attention sur telle statue ou masque. Trop de choses étonnantes, trop de plaisir dans les yeux. Nous sommes un peu abasourdis mais nous emmèneront quand même avec nous une paire de statuettes, un couple bambara, qu'il ne faut surtout pas, nous affirme avec le plus grand sérieux le marchand, séparer. Nous aurons quand nous les regarderons au calme une grande fierté de les avoir trouvées.

Mais il est déjà midi et nous devons rejoindre le groupe au bas Bozo pour le déjeuner. Nous nous frayons un passage au milieu de la foule dense dans la fournaise de ce milieu de journée qui exacerbe les odeurs qui deviennent très fortes et incommodantes pour notre fragile odorat. Les bonjours et les sourires ne sont pas rares. Un passant m'arrête même au passage pour me faire un brin de causette. C'est un vieux monsieur vêtu d'une ample djellaba bleue et coiffé d'un fez. Il me demande, le plus naturellement du monde quel est mon nom, d'où je viens et m'indique, lorsque je lui dis que j'arrive de Marseille, qu'un de ses amis y travaillait tout près, à Martigues, mais qu'il est maintenant de retour au Mali. Après ce bref échange, ravis tous deux de notre rencontre, nous nous séparons avec un sourire non sans avoir échangé une amicale poignée de mains tout en nous souhaitant, réciproquement, une bonne journée. Nous sommes ici à des années-lumière de la foule anonyme qui arpente nos villes se traçant un passage, téléphone collé à l'oreille, aveugle et sourde à ce qui l'entoure.

mopti_portLe bar Bozo est admirablement situé au bord de Bani à proximité immédiate du port. C'est dire sa position privilégiée. Pour y arriver nous devons traverser de part en part le port où règne une animation extraordinaire. Des centaines de pirogues sont amarrées là, attendant d'être chargées des marchandises amoncelées en d'énormes tas sur les berges qui descendent en pente douce vers l'eau. D'autres, au contraire, sont en cours de déchargement. Poissons séchés à l'aspect et à l'odeur franchement rebutants mais ingrédient indispensable des sauces maliennes, tissus de toutes les couleurs, légumes, épices odorantes, énormes plaques de sel aux reflets mordorés, ballots de coton solidement liés avec de la corde, troupeaux de chèvres menés par de fiers touaregs facilement reconnaissable dans la foule à leur allure altière et artistiquement coiffés d'une chèche qui entoure en pli savants leur visage ne laissant voir que leurs yeux indéchiffrables. Mille et une choses se mélangent en un indescriptible chaos. On se demande vraiment comment, dans un tel capharnaüm, chacun arrive à retrouver quoi que ce soit. Des odeurs étranges et inconnues nous assaillent de toutes parts et nous étourdissent. Alexandre marche devant moi, bombardant Sidiki d'un flot d'interrogations, avide d'emmagasiner toutes ces images qui se chevauchent et se combinent en une inexplicable et singulière harmonie.

Le déjeuner de midi, composé de capitaine et de poulet accompagnés de frites est copieusement arrosé de bière. Une façon pour nous d'essayer d'enrayer un tant soit la peu la chaleur qui assèche notre bouche. L'ambiance entre nous est vive, car cela fait trois jours que nous sommes en terre d'Afrique et l'excitation gagne peu à peu chacun de nous. Nous sommes installés sur la terrasse ombragée du bar Bozo dont la situation dominante nous permet de jouir d'une vue magnifique sur le port et le fleuve qui s'étire en un long et large ruban argenté. C'est bientôt la fin du repas et nous nous regardons Christine et moi en pensant à Gaoussa.

Tout à l'heure, il nous a convaincu d'acheter, pour nous, des noix de kola, indispensables si on veut traverser en toute civilité les villages dogons. Nous constaterons plus tard qu'il avait raison. Nous lui avons donc confié la charge de cet achat et lui avons donné la somme de 5.000Francs CFA soit l'équivalent de 50 francs environ. Il saura, nous a-t-il dit, mieux que nous marchander et obtenir le meilleur prix pour cette denrée précieuse. Mais deux heures sont déjà passées et toujours pas de Gaoussa en vue. Aurions-nous perdu nos 5.000 Francs CFA? Nous le pensons d'autant plus qu'au cours du repas nous apprenons qu'une famille malienne peut vivre un mois avec cette somme! En fait, nous réagissons en occidentaux nantis et nous serons peu fiers de nos pensées mesquines en le voyant arriver quelques minutes après avec, dans la main droite, le paquet de noix de kola et, dans la main gauche, la monnaie restante. Oui, très peu fiers et, ce jour-là, un malien répondant au nom de Gaoussa nous a donné une grande leçon d'humilité. Elle nous marquera.

Après le déjeuner, nous remontons, résignés, dans notre minibus. Direction Sangha et le pays dogon.

C'est le milieu de l'après midi, c'est dire la chaleur étouffante qui sévit dans toute sa force à cette heure de la journée. Peu après Sévaré, la route goudronnée fait place à la piste qui, au fil des kilomètres, devient de plus en plus défoncée et chaotique. Les nids de poules se succèdent, si bien que nous sommes obligés de stopper pour permettre à Jean-Paul, qui s'était installé à l'arrière, de changer de place sous peine de finir assommé, sa tête, du fait de sa haute taille, entrant sans cesse en contact douloureux avec le toit du minibus.

Un paysage désertique nous entoure; jaunes et ocres prédominent. Il ne manque plus, dans le décor, que quelques lions... nous aurons, en fin de compte, des chameaux ou, plutôt, des dromadaires devant lesquels nous nous arrêterons hurlant de joie et de ravissement comme des enfants.

Pas une goutte d'humidité dans ce paysage désolé à l'austère et sauvage beauté.

Soudain Mamadou bifurque sue une piste encore plus étroite. Nous avons vraiment le sentiment que nous allons aller ainsi au bout de nulle part. la véritable aventure commence....

songoNotre destination ne se trouve qu'à quelques kilomètres à vol d'oiseaux mais on se dit qu'un véritable 4X4 aurait été une véritable aubaine pour nos reins fourbus. Mais enfin, le village de Songo vers où nous nous dirigeons est, d'après nos renseignements, une merveille d'architecture dogon... un chaleureux accueil nous attend dans ce village accroché à flanc de falaises complètement isolé du reste du monde. Pour bien apprécier sa structure, il faut marcher et remonter la falaise jusqu'aux premières maisons. Ce sera notre première ascension initiatique avant le pays dogon.

L'atmosphère est emplie d'une douce quiétude et dégage une sensation de paix et de beauté rare. Nous avançons lentement le longs d'étroites ruelles sinueuses, osant au passage un regard curieux dans les cases et les cours. Le silence nous entoure seulement troués par le babil des enfants qui nous suivent. Tout semble à sa place, soigneusement agencé, aucun faux accord ne vient perturber cette harmonie. Assez incroyable de sentir se dégager de ces lignes pures et simples, faites avec les matériaux les plus primitifs, pierre et terre, une telle puissance. Tout au sommet du village, après avoir parcouru une véritable labyrinthe à travers d'étroites ruelles, la vue est extraordinaire. Le village est en véritable symbiose avec le paysage qui l'entoure. Nous pouvons admirer l'agencement des petites cases qui ont, chacune, une fonction précisément définie mais aussi une place clairement déterminée.

Songo_1En continuant plus haut, nous allons effleurer les sortilèges nés des vieilles croyance ancestrales. A flanc de falaise, se trouve une grotte dont les parois sont recouvertes de peintures rupestres rouge soulignées d'un épais trait blanc et noir. Figures géométriques, signes cabalistiques, animaux dont, omniprésent, le crocodile, emblème totémique du village, sont représentés. Nous sommes dans un lieu sacré où sont exécutées, tous les trois ans, la circoncision des garçons. Cette pratique rituelle qui détermine la fin de l'enfance et l'entrée dans un nouveau cycle de vie, est un moment particulièrement important et fondamental dans la vie de ces hommes et la grotte, avec son pouvoir magique, va protéger ce rite. Nous nous dirigeons ensuite vers la caverne où sont gardés les instruments de musique de cérémonie comme les sistres de circoncis dont on ne peut jouer que les jours dévolus à la cérémonie.

Nous repartirons de Songo, non sans nous être au préalable reposés et désaltérés sous l'ombre tutélaire d'un énorme baobab, sous le tintamarre joyeux des enfants curieux et rieurs et avec le sentiment d'avoir pénétré un monde très singulier. Nos trois jours à venir sont donc emplis de promesses.

En fin d'après-midi, nous atteignons enfin, saoulés de fatigue et les reins en charpie, Sangha. La nuit tombe rapidement. Notre étape, pour ce soir, aura lieu à la maison Monobeme de la femme dogon., lieu qui tient davantage du caravansérail que de l'hôtel. L'ambiance est décontractée et dépaysante. Il est extraordinaire de constater que chaque jour que nous passons dans ce pays, recèle de nouvelles découvertes, de nouvelles sensations encore jamais éprouvées. Dans une large cour fermée par un portail où les gens du village vaquent à leurs occupations, des femmes entourées de leur progéniture font, en bavardant gaiement entre elles, leur lessive.

Nous en profiterons pour leur donner à laver quelques T-shirts et shorts que nous récupérerons le lendemain matin. Tout un monde qui va et vient nonchalamment. Hommes et femmes, d’ici ou, comme nous, d’ailleurs confondus, pour un soir, en une seule et étroite communauté. Nous prendrons notre repas du soir, spaghettis bolognaise et ragoût de mouton au menu arrosés, bien sûr de très nombreuses bières, sur la terrasse du bâtiment principal. Les chambres, au premier étage d'une petite bâtisse sont, telles des cellules monastiques, peintes en blanc, un sommier simplement jeté à même le sol en guise de lit. Afin de bénéficier d’un peu de fraîcheur, nous dormirons la porte grande ouverte sur la terrasse où se sont installés, enveloppés dans leur duvet, d’autres voyageurs. Nous nous endormirons bercés par le battement des tambours dogon et les chants des guides qui, profitant de la fraîcheur de la nuit, font la fête.

Dans la nuit, alors que tout le monde dormira, je sortirai sur la terrasse afin de savourer, en grillant une cigarette, le silence rompu seulement par le bruissement léger des dormeurs autour de moi, et surtout, admirer le magnifique ciel étoilé d'une splendeur étincelante. La savane est baignée d’une clarté bleutée donnant au paysage un aspect irréel et mystérieux. Spectacle magique dont je me demande si on peut, un jour, se lasser.

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Vendredi 26 Départ de Sangha pour le pays Dogon

Nous nous levons aux premières lueurs de l’aube. Après, un copieux petit déjeuner, nous nous apprêtons pour le départ et procédons aux derniers préparatifs. Je suis, à vrai dire, un peu angoissée à l’idée de ces trois jours de randonnée qu’il va bien, vaille que vaille, falloir faire. Sac à dos, chaussures de marche, chapeau au large bord, lunette de soleil. Nous voilà fins prêts pour la Grande Expédition... Le plus gros de nos affaires va rester au campement et nous n’emportons avec nous que le strict nécessaire pour les trois jours que va durer notre expédition. Des porteurs vont se charger de transporter nos bagages et notre ravitaillement d’un campement à l’autre.

dogon11

Dogon_1Le temps est clair, la température encore clémente. Nous partons, entourés par une nuée d’adolescents qui nous proposent de porter nos sacs, nos appareils photo, nous saoulent sous un flot de paroles et ensoleillent notre marche par leur sourire et leur gentillesse. Le rythme est soutenu et nous marchons allègrement dans la pierraille. Serons-nous toutefois à la hauteur pour notre première matinée de 4h30 de ballade ? Notre première halte pour le déjeuner est prévue à Tiégou et nous sommes guidés par Seydou, un grand et beau malien qui en séduira plus d’une. Tiégou est un des 55 villages dogons qui dépendent tous de l’arrondissement de Sangha. Il faut se représenter le pays Dogon comme un immense territoire dont les trois éléments caractéristiques sont le plateau Dongo, aux énormes blocs de rochers d’origine volcanique, la falaise dite de Bandiagara tailladée, crevassée, abrupte, aux parois de laquelle s’accrochent les villages qui, en pleine chaleur, se confondent avec la pierre et, enfin, la plaine, proprement magnifique, immense étendue herbeuse parsemée çà et là d’épineux, qui s’étend à perte de vue et laisse deviner à ses confins le désert. Un quatrième élément et non le moindre est le ciel, immense, sans borne qui nous domine et où se perdent nos regards. Image de la savane africaine telle que nous l’imaginions et qui, comme un miracle, est enfin là, bien réelle, devant nos yeux émerveillés.

L’arbre que l’on va rencontrer tout au long de notre chemin est le baobab, arbre à l’énorme tronc que les africains épluchent de temps en temps pour en utiliser le bois comme combustible. Si le baobab est dénudé, il n’en reste pas moins impressionnant. Il se dresse, majestueux, élançant vers le ciel ses branches aux petites ramifications, nues de toute végétation auxquelles pendent de grosses bourses ventrues. Ce sont de véritables cosses qu’il faut casser pour en extraire le « pain aux singes », petits grains qui, dépouillés de leur enveloppe blanche et duveteuse, sont des bonbons que les enfants mâchouillent. Récupérée entière, la cosse se transformera après séchage et ornementation, en castagnettes.

La marche se fait lentement pour certains, plus rapide pour d’autres. Nous atteignons la limite du plateau rocheux et faisons une petite halte afin d’admirer la plaine qui s’étend à perte de vue à nos pieds. Dans l’air sec et surchauffé, la visibilité est parfaite et l’horizon s’étend très loin. Nous embrassons d’un seul regard un paysage sans limite d’une grandiose beauté. Nous amorçons notre première descente vers la plaine par une étroite gorge taillée dans la paroi rocheuse. Notre progression, à travers d’énormes blocs de pierres qui barrent le chemin abrupt,  est malaisée. Chacun son rythme selon les mollets plus ou moins musclés de tel ou telle. Christine, quant à elle, est tout un portrait. Son fidèle chapeau balinais, certes un peu déformé par les années, enfoncé sur la tête, sac à dos allégé au maximum accroché aux épaules, short colonial beige, grosses chaussures de marche. C’est pour elle, une tenue pour le moins inhabituelle. D’ailleurs, elle bougonne sur l’intérêt réel de marcher plusieurs heures pendant deux jours. Je dois dire que, malgré les difficultés imprévues et la longueur des étapes, elle ne faillira jamais (enfin presque jamais). Pourtant, la chaleur devient vite écrasante, l’eau des gourdes qui le matin était fraîche, est maintenant tiède (excellente pour le thé diront certains pour se consoler) mais il nous faut nous en contenter et, en fait, nous finirons par la trouver délicieuse.

Hormis, prés des points d’eau, quelques champs d’oignons qui, en tout début de matinée, ont embaumé l’air de leur senteur et ont fait venir des larmes à nos yeux, le paysage devient vite chaotique, désolé, aride. Devant nos yeux s’étend un immense plateau rocheux qu’il nous faut traverser sous un soleil  implacable. Une véritable partie de plaisir dans une ambiance de fournaise ! Les heures passent lentement sans que nous ayons réellement l’impression d’avancer. Spectacle monotone, effrayant de dureté. De courtes haltes qui nous voient nous regrouper autour des rares points d’ombre que ménagent les rochers, nous permettent de récupérer et même, à l’occasion, de faire quelques achats. Car souvent, de ce paysage surgissent, semblant venir de nulle part, deux puis trois enfants, puis un marchand.

Vers midi, nous arrivons enfin à la limite du plateau rocheux. La descente se fera à travers le village de Tiégou par un chemin escarpé. C’est notre premier village dogon et, après présentation au chef du village et don de noix de kola, politesse oblige, Seydou essaye de nous familiariser avec l’univers dogon.

Dogon_2

Là, le grenier à mil à deux portes réservé aux hommes, plus loin avec une seule ouverture, ceux attribués aux femmes en cas de bonnes récoltes. Ce sont de petits rectangles de terre rehaussés par des troncs d’arbre pour éviter le contact du sol et couverts par des chapeaux de paille tressée très serrés pour empêcher l’eau de pluie de gâter ces grains si précieux qui sont quasiment la seule source de subsistance des habitants jusqu'à la prochaine récolte après la saison des pluies. Ces huttes sont de véritables curiosités architecturales et sont au centre de l’organisation du village. Plus loin, une case un peu en retrait qui sert de demeure aux femmes momentanément « impures, » car stériles pendant cette période. Pendant huit jours, elles viendront y dormir loin de leur mari. Rites barbares ? Difficile à dire, car nous réagissons avec notre œil d’occidentaux. Ici, la femme, malgré les apparences, à une place centrale dans la chefferie et ce sont des coutumes ancestrales. Autre monument incontournable situé au centre du village, la case à palabres, le togu na, grande case rectangulaire, qui sert de lieu de rassemblement aux anciens et aux sages du village mais qui devient parfois un lieu de justice. Haute seulement de 1m30, le premier plaignant qui à force de protestation se lèvera et se cognera la tête, sera jugé coupable ! Point de prison toutefois mais un mouton à donner à celui qu’on a offensé.

On reste toujours ébahi devant ces villages en pierre sèche accrochés à la falaise auxquels on ne peut accéder que par des passages extrêmement escarpés et étroits qui, à la saison des pluies, doivent certainement supporter des torrents de boues. Tout semble poser là de façon anarchique. Pourtant, la disposition de chaque case, de chaque grenier, de chaque enclos est déterminée et répond à un schéma immuable depuis des siècles.

petite_filleNous déjeunerons prés d’un point d’eau à l’ombre de manguiers aux branches ployant sous le poids des fruits encore verts à cette époque de l’année. Bien sûr, nous aurons pendant toute la durée de notre halte c’est-à-dire de midi à cinq heures, notre bataillon de spectateurs que sont les enfants. Toujours en quête d’un petit cadeau ou simplement d’un sourire et de quelques mots, ils deviennent littéralement hystériques et fous de joie quand Chuck leur gonfle des ballons multicolores et les fait voler dans l’air.  C’est au premier qui les attrapera et la lutte est quelquefois âpre. Mais pour eux, un ballon de baudruche est un cadeau merveilleux. Quelques instants plus tard, ingénieux, ils s’aperçoivent qu’ils peuvent faire avec de la musique en laissant échapper l’air doucement. Les petites filles plus réservées, plus timides auront, elles aussi, leur bonheur. De petites barrettes aux couleurs vives viendront rapidement illuminer leur chevelure noire aux nattes artistiquement tressées. Quelques petits passages sur les ongles avec du vernis à ongle font briller leur regard. Nous découvrons peu à peu que les petites filles sont en fait très coquettes et qu’elles admirent les bagues, collier et boucle d’oreille de Christine.

En attendant le déclin de la grosse chaleur, Alexandre va regarder les hommes travailler à la construction d’un puits. L’eau est une priorité et le creusement d’un point d’approvisionnement supplémentaire est un moment important. Dans un champ d’oignons, une femme au crâne rasé et à la poitrine dénudée est occupée à désherber. Elle passera ainsi une bonne partie de l’après-midi courbée, écrasée par la chaleur. Scènes de la vie quotidienne d’un petit village au cœur du Mali. Pour ma part, je suis allongée à même le sol écoutant Joëlle me lire des passages de son livre nous expliquant la naissance du monde, le mythe du premier homme et de la première femme, des huit ancêtres, la raison de cette coutume qui nous paraît si barbare de l’excision des jeunes filles. Tout un univers, une cosmogonie pour employer le terme adéquat, aux règles strictes et immémoriales qui se dévoilent ainsi.

Selon la cosmogonie dogon, Amma, dieu suprême, créa la terre et en fit son épouse. Une termitière, clitoris de la terre se dressa en rival du sexe mâle et Amma dut l’abattre. Un fils unique naquit, Yurugu ou le Renard pâle. La terre excisée fut plus docile à son époux et mis au monde les Nommo, jumeaux célestes à la fois mâle et femelle, couple idéal, maître de l’eau et de la parole qui engendrèrent à leur tour quatre autres couples de jumeaux, les huit ancêtres de la race Dogon à qui Nommo enseigna la parole. Le Renard pâle, unique et donc imparfait, principe de désordre, commit l’inceste avec sa mère parce qu’il ne trouvait pas de compagne et c’est ainsi qu’apparut  le sang menstruel, impur parce que signe de stérilité. La mythologie explique ainsi, outre l’origine du monde, le fondement des coutumes comme l’excision des filles et la réclusion des femmes réglées, la circoncision des garçons. Les dogons sont ainsi persuadés que tout enfant naît à la fois mâle et femelle, le prépuce étant le signe de la féminité chez les garçons et le clitoris celui de la masculinité chez les filles. Ce n’est qu’à la puberté, après la circoncision ou l’excision, que l’enfant peut devenir un membre à part entière de la société ayant rejeté la dualité sexuelle, au cœur de chaque individu, qui, si elle est nécessaire à la vie, est  source de conflit. Le temps passe ainsi , lentement, dans la chaude torpeur de cet après-midi africain.

Dogon_3Les porteurs se sont regroupés un peu plus loin dans un souci de discrétion. Mais dès que l’on s’approche d’eux, le contact se crée naturellement et c’est une invitation au dialogue, à l’échange. Ils sont décidément d’une grande curiosité. Ils appartiennent tous à la même famille, les Lobo de Sangha. Au Mali, il faut dire que la notion de famille s’entend dans un sens très large. Ils parlent de leurs conditions de vie, de leur pauvreté, des différentes ethnies, des Bambaras qui n’aiment pas trop les Dogons. Mais toujours avec le sourire. Approche d’un mode de vie, d’une culture. Christine me dirait : « C’est l’Afrique et, souviens-toi, tu ne voulais pas venir ».

Avant de repartir, nous apercevons de jeunes gens, sac à dos ou cartable à la main. Ils reviennent de l’école située à plusieurs kilomètres de leur village . Ici, les distances à parcourir soit pour se ravitailler, soit pour s’instruire, peuvent être importantes. Cela fait partie de la réalité quotidienne et nous serons surpris, en feuilletant les cahiers de quelques élèves de l’extraordinaire application, de la propreté et du sérieux qu’ils mettent pour écrire l’histoire de la France pourtant située à des années-lumière de leur propre monde.

Notre campement du soir se fera à Yendouma, village dogon également accroché à la falaise, que nous atteignons en fin d’après-midi. Le comité d’accueil est, comme à l’accoutumée, cordial et animé. Les enfants accourent  de toutes parts à notre rencontre et nous entourent de leur bonjour, nous abreuvent de mille questions, d’où venons-nous, où allons-nous, comment nous appelons-nous... Mais, pour l’heure, la priorité est de nous désaltérer et nous nous délectons des bières, pas vraiment fraîches il est vrai, mais qui nous semblent être le comble du luxe, que l’on nous sert. Un véritable moment de pur plaisir et de bien-être. Le chef du village nous délègue un DogonBelko_et_Abla_guide chargé de nous faire découvrir celui-ci. Je devrais plutôt parler d’escalade car ici, comme partout en pays Dogon, tout est construit à flanc de falaise et pour admirer toute merveille il faut lever la tête. Inutile de dire que Christine, avec cinq heures de marche dans les jambes, est ravie ! Mais qu'importe, car, dès le départ, nous sommes épaulés par les deux jeunes gens qui nous ont accueillis dès notre arrivée, Belko et Ablaé, et qui connaissent chaque maison et chaque ruelle comme leur poche (s’ils en avaient une). Nos deux jeunes guides sont intarissables dans leurs explications voulant à toute force nous transmettre un morceau de leur vie, nous la faire partager pendant un bref moment. Là, un grenier à mil à trois portes, ici, la case des « ouass », pardon des vaches, plus loin, la maison des catholiques. En effet, autre curiosité dans ce village qui comprend sept quartiers, la tolérance religieuse est de mise et musulmans, catholiques et animistes vivent dans une parfaite harmonie. Il faut savoir que les villages dogon comprennent un certain nombre de lignages ou ginna, c’est-à-dire l’ensemble des descendants  d’un même ancêtre en ligne masculine, répartis en quartiers comprenant une grande maison, symbole de la lignée, à la façade ornée de quatre-vingt niches symbolisant les huit ancêtres et leur descendance « nombreuse comme les doigts de leurs mains » et où habite le patriarche qui est le chef de la famille entendue au sens très large du terme. Chaque ginna possède collectivement l’ensemble des maison du quartier et des champs dont la propriété est inaliénable. Peut-être que, justement, l’élément primordial qui soude l’ensemble des habitants réside dans cette communauté régie par des règles sociales strictes et que dirige le patriarche aidé par le conseil des vieillards qui se réunit sous le togu na , la case des palabres, vaste bâtiment situé au faîte du village. Mais, en définitive l’autorité religieuse suprême est centralisée sur le Hogon , l’homme le plus âgé du village auquel on s’adresse en dernier recours et que nous allons bientôt rencontrer après une longue ascension à travers rocaille et terre battue.  Il réside dans la case la plus élevée du village, privilège de son âge.  Il est bien sûr très vieux en âge Dogon plus de 100 ans, aux dire de Belko, et il symbolise la sagesse et la mémoire ancestrale du village dont il assure la cohésion et la longévité. L’esprit animiste avec la présence de ce vieillard est très vivace. On le retrouve avec les animaux morts accrochés aux façades des cases qui éloignent les esprits mauvais, aux portes superbement sculptées des représentations des différentes divinités et des premiers ancêtres Dogons.

Nos jeunes guides sont toujours avec nous et ne nous quitterons qu’à la tombée de la nuit. Pendant toute la durée de la visite des lieux, un lien s’est tissé entre nous et, si infime soit-il, il représente un des signes de l’hospitalité de ce peuple africain. Que d’émotions alors quand, sur le point de nous coucher sur le toit d’une terrasse, nous avons entendu quelqu’un appeler :  « Christine, Christine ». C’était Belko, venu offrir à son amie d’un soir une petite statuette qu’il avait taillée dans le bois. Inutile d’évoquer la joie de Christine quand elle attrapa, au vol, l’objet. J’ai parlé d’un peuple fier, mais également très généreux. Certainement un des plus beaux et, sans aucun doute, le plus émouvant souvenir que nous rapporterons du Mali.

Après un copieux repas, poulet de rigueur arrosé bien évidemment de bière, nuit, comme je l’ai annoncé, à la belle étoile sur une terrasse. Il y a de l’espace, un plafond magnifique constellé de milliers d’étoiles, peu d’air et surtout le silence. Si le sol est un peu dur, la fatigue nous emporte pour quelques heures le temps de se retourner dans ces sacrés sacs de couchage, véritables prisons à dormir et nous plongeons dans un sommeil assez relatif. La seule consolation est d’apercevoir vers les 3 ou 4 heures du matin, la magnificence du ciel. Des milliards d étoiles sous nos yeux Une sensation de bien-être et de repos accompagne ce tableau lumineux.

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