16 sept. 2006

Lundi 22: Arrivée à Bamako

Première journée qui s'achève. Nous sommes ce soir à Ségou, dans un hôtel somme toute agréable.  Hier, au milieu de l'après-midi, nous avons atterri, à l'heure prévue à l'aéroport de Bamako où nous attendaient escorte militaire, tapis rouge et fanfare. Renseignements pris, ce n'était pas pour nous accueillir, Nouvelles Frontières ne va pas jusque-là, mais en l'honneur du gouverneur du Canada de passage au Mali... nous apprendrons plus tard qu'il est venu pour réorganiser l'infrastructure électrique de la ville.

Dès la sortie de l'avion, une chaleur torride et sèche nous a submergés. Pas de doute, nous avons laissé loin derrière nous la froidure de l'hiver européen. La luminosité est aveuglante et le ciel, d'un bleu délavé, paraît chauffé à blanc. Sous nos pieds, le goudron du tarmac est collant, prêt à se liquéfier. Nous nous hâtons vers l'ombre de l'aéroport, pensant y trouver, à tort, les locaux n'étant pas climatisés, un peu de fraîcheur. Les formalités de douanes, longues et fastidieuses qui nous donnent un avant-goût de la lenteur africaine à laquelle, nous avertit Christèle, il faudra nous habituer, accomplies, commence, dans le plus grand désordre et une agitation incroyable, la corvée de récupération de nos bagages qui s'amoncellent pêle-mêle et dans la plus parfaite pagaille au milieu du hall. Enfin, tout est bien là, c'est le principal. Après la reconstitution de notre groupe, direction la minibus et Bamako.

Bamako

Le groupe, il faut le souligner, est un élément important dans notre voyage, car, nous allons créer, pendant quelques jours, une véritable communauté. Voici donc les présentations.

D'abord, elle le mérite, Christelle, notre accompagnatrice mi-togolaise par son père, mi-française par sa mère. Avec ses petites lunettes sur le nez et son allure décontractée, elle ne manque pas, du haut de son mètre soixante-dix, de charme. Nous apprendrons, avec stupeur, quelle travaille pour NF en bénévole. Son rêve, créer avec son copain, sa propre agence de voyage. Elle est donc là pour apprendre.

Après le Togo, revenons en France avec Eric et Joëlle (MaJo comme l'appelle tendrement son cher et tendre), tous deux d'origine auvergnate mais résidant à Paris. Un couple très sympathique et très convivial. Lui, on l'appendra plus tard, et il saura nous faire partager sa passion, est très amateur d'oiseaux.

Une autre parisienne nous accompagne, Nadine, la quarantaine resplendissante, infirmière de son état qui, après nous avoir raconté ses pérégrinations de jeunesse en Inde, nous confortera dans l'idée qu'elle est une routarde confirmée. Un très joli sourire également...

Quatre lyonnais sont aussi du voyage. Un couple de journalistes, Jean-Paul et Véronique, très intéressés par le problème humanitaire de ce type de pays. En fait, ils sont venus au Mali pour découvrir le pays Dogon sur les conseils d'un ami qui, après avoir fait le voyage, a eu une révélation. Ils ont aussi l'intention d'enquêter sur une association s'occupant d'enfants abandonnés située à Mopti.

Les deux autres lyonnaises sont Ghislaine, célibataire en quête d'aventures (et elle en trouvera...) et Paule, notre dynamique retraitée globe-trotter dont l'objectif (c'est le cas de le dire!) est de prendre le plus de photos possibles quitte à en jeter la moitié après développement. Elle en fera rager plus d'un mais son côté vif et débonnaire fera partie du voyage.

Reste à parler de Chuck, ethnologue et conservateur de musée de son état, et Dominique, son compagnon, steward sur une compagnie aérienne. Ils sont venus, via Paris et Bruxelles, de Boston, made in USA, pour faire, mais ils ne le savent pas encore, un circuit sur des pistes défoncées en minibus non climatisé. Mais ce n'est pas important. Ils ont le sourire aux lèvres et les bagages remplis de petits cadeaux pour les enfants. Deux personnages assez extraordinaires de gentillesse, très attachants et très simples qui, au cours de l'expédition, nous surprendront plus d'une fois.

Terminons par Christine et Alexandre, les néophytes de ce genre de voyage mais prêts pour la découverte de l'âme africaine.

Nous voilà au complet pour remplir le minibus conduit, de mains de maître, par Mamadou, un modèle de discrétion, qui saura déjouer tous les pièges de la route.

La découverte de la capitale malienne qui abrite plus d'un million de personnes, est un véritable choc. La périphérie de la ville est un vaste champ d'ordures où, sous des cahutes de quelque m², résident, c'est le mot qu'il faut employer même s'il ne paraît pas vraiment approprié, des milliers de personnes dans des conditions de vie (de survie...) effrayantes de précarité et de pauvreté. Ce qui nous frappe, c'est la foule, des grappes humaines qui déambulent, et l'extrême vétusté de toutes les installations, eau, électricité, évacuation, liées à la vie quotidienne d'une grande cité. Tout est à même le sol. Tout est très archaïque. Tout est rafistolé. Les immondices s'accumulent au milieu (miracle de la civilisation occidentale!) des sacs plastiques qui recouvrent le sol tels des fleurs multicolores et monstrueuses. L'hygiène, telle que nous la concevons, est ici totalement absente. Première approche pénible de ce que peut être la vie urbaine dans un pays très pauvre, dit du tiers monde.

Quelques chiffres que nous venons de lire dans le Télérama de cette semaine et qui donneront une idée plus concrète de la réalité du mali d'aujourd'hui: "72 % de la population (9 millions de maliens) vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un demi dollar par personne te par jour; une personne sur trois risque de mourir avant 40 ans; quatre sur cinq sont analphabètes; la moitié est privée d'eau potable et 92% d'électricité; deux sur trois n'ont pas accès au service de santé; la moitié des enfants de moins de 5 ans sont sous-alimentés (la proportion était de 35% en 1988).... Le Mali consacre 48% de ses recettes budgétaires au remboursements de la dette extérieure...."

Ces chiffres parlent d'eux-mêmes et ils sont épouvantablement exacts. Le Mali, berceau de tous les grands empires et civilisations d'Afrique de l'Ouest et dont l'histoire s'étend sur trois millénaires, a la triste privilège aujourd'hui de faire partie du club des pays les plus pauvres du monde.

Même le centre de Bamako où les résidences sont plus solides, est complètement délabré. Pas d'avenues bordées d'arbres ou de boulevards goudronnés mais partout la terre battue. La circulation est anarchique.

Le premier contact est pour le mois  dérangeant et riche d'émotions contradictoires empreintes à la fois de fascination et de répulsion devant cet étalage de saleté, les effluves d'odeurs fortes voire nauséabondes qui nous agressent, le spectacle de ces enfants aux yeux immenses vêtus de loques, l'animation continue de cette foule qui déambule en tout sens sans ordre apparent, sans but précis. Pourtant, cela fonctionne et si le tissu social paraît très touché, il fait pourtant partie d'une certaine vie économique dont nous apercevons un premier élément avec le marché. On le vérifiera encore le lendemain et certainement les autres jours, car chaque village, aussi humble soit-il, et ils seront nombreux sur notre route, a son marché où fourmille, au milieu des poteaux de bois, une population exubérante et chaleureuse.

Après moult tours et détours au milieu des ruelles qui nous laissent complètement désorientés, nous atteignons enfin notre lieu de séjour pour la nuit, l'hôtel Dakan qui nous donne un aperçu des conditions de villégiatures dont nous allons bénéficier... pas de doute, ce ne sera pas, loin s'en faut, le grand luxe! En effet, si le cadre est relativement agréable, avec un grand jardin à la végétation luxuriante mais où, ainsi que nous nous en apercevrons douloureusement cette nuit, les moustiques abondent, les chambres nous laissent sans voix et me font dire qu'il est heureux que Camille ne soit pas là. Je crois qu'elle ne nous l'aurait jamais pardonné!

Murs à la couleur indéfinissable, propreté pour le moins douteuse, salle de bain à l'avenant dont la douche ne laisse couler qu'un très parcimonieux filet d'eau froide, climatisation datant pour le moins de la dernière guerre qui, lorsque nous la mettons en marche, nous fait nous demander si nous ne sommes pas encore à proximité de l'aéroport... nous décidons, sans même nous concerter, qu'il est plus age de dormir dans nos sacs à viande (nous savons maintenant de quoi il s'agit!). Je pense cependant que, hormis les moustiques, notre sommeil a été surtout perturbé par les premiers symptômes de ce voyage-découverte. Nous sommes, en effet, en terre inconnue et nous sommes envahis par un intense impression d'étrangeté. Il paraît que l'Afrique ne laisse personne indifférent. Ou on l'aime, ou on la déteste. Pour le moment, nous oscillons entre ces deux extrêmes. Une seule certitude, nous avons envie de nous laisser emporter, sans à priori, par ces sensations nouvelles et contradictoires.

Posté par CRI_ à 01:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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